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Vendredi 15 juin 2012 5 15 /06 /Juin /2012 09:04

 

 

La visite des ateliers m'a permis de voir qu'il y avait 2 groupes différents :

les artisans-agriculteurs, dont l'artisanat est la seule source de revenus de la famille, l'agriculture étant auto- suffisante.

Ils n'ont pas d'atelier proprement dit : on installe le métier le soir, après la journée aux champs et on travaille en famille.

Et les artisans « professionnels », qui ont des salariés. Il y a un local spécial réservé au tissage et les tisserands sont souvent logés sur place.

Les « patrons » participent au travail soit dans la préparation des fils (teinture, encollage) ou dans la transformation après tissage, mais ne tissent pas.

La méthode de tissage reste très traditionnelle : métier au sol, chaîne continue qui permet de tisser 2 écharpes sur la même chaîne. C'est d'ailleurs l'unité de travail quotidienne pour un tisserand qui malgré tout est payé au mètre.

Les conditions de travail seraient impensables pour un européen, mais c'est ainsi depuis des générations.

Le matériel n'a pas évolué depuis des siècles et les artisans ont une bonne maîtrise de leur outil de travail.


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Il y a pourtant 3 grands métiers à tisser modernes appartenant à l'association mais je ne les ai pas vus fonctionner : est-ce parce que cela demande plus de matière première pour monter une chaîne plus longue ?

Le manque d'argent fait que l'on produit au fur et à mesure et qu'il est impossible de monter une chaîne pour 10 ou 20 écharpes, ce qui pourtant rationaliserait le travail.

 

En ce qui concerne la fabrication du fil, et bien que des rouets soient à leur disposition, ils préfèrent encore le filage au fuseau.


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J'ai constaté à plusieurs reprises le manque de patience en matière d'apprentissage des malgaches. S' ils n'arrivent pas tout de suite, ils laissent tomber.

C'est un peu le cas avec les rouets. Il faut un peu de temps pour maîtriser le pédalage et le filage, mais ensuite cela permet de gagner beaucoup de temps par rapport au filage au fuseau. Mais comme ils n'ont pas persévéré, les différents réglages du rouet leur échappent complètement et ils ne voient pas l'intérêt de l'outil.

 

Ajoutez à cela un certain temps de réaction avant de réparer les choses quand il arrive un petit problème...

Le point faible des rouets fabriqués à Madagascar est une petite pièce en caoutchouc qui relie la pédale à un axe qui fait tourner la roue. Cette pièce est de mauvaise qualité et le caoutchouc casse rapidement.

J'ai donc cherché un moyen de remplacer cette petite pièce par autre chose de plus solide . N'ayant pas d'outils avec moi j'ai demandé à ce qu'un homme vienne avec un tournevis et un arrache-clou, et à ce que nous réparions ensemble un rouet pour que par la suite, au fur et à mesure des besoins tous les rouets soient réparés. J'attends encore... pour une réparation qui aurait pris en tout et pour tout 5 minutes...j'ai expliqué la marche à suivre, mais je parie que le rouet n'est toujours pas réparé...

 

Tout cela pour dire que, en dehors des méthodes traditionnelles il semblerait qu'il n'y ait point de salut pour les artisans malgaches.

Ils se privent de possibilités de considérablement améliorer leur productivité et leurs conditions de travail.

C'est d'autant plus dommage que le matériel est là, sous-exploité.

Revenons au diagnostic.

Les autres demandes concernaient le besoin de nouveaux modèles, la teinture , la couture, et trouver de nouveaux marchés.

 

En fonction de ces demandes je leur ai fait une liste de domaines où je pouvais intervenir et nous avons élaboré un calendrier de séances communes, suivies d'un programme individuel selon les besoins de chacun.

 

19 avril 2012

Journée filage

 

Je voulais faire le point sur les rouets et les mises au point à y apporter.

L'idée n'était pas de les faire filer mais de retordre du fil pour pouvoir ensuite soit tricoter, soit faire du crochet. Cela donne un fil plus souple et rond et donc un ouvrage plus régulier que si on tricote ensemble 2 fils sans les retordre.

C'est aussi une bonne méthode pour apprendre à coordonner les mouvements du pied et des mains et acquérir l'automatisme du pédalage avant de passer au filage.


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Un peu plus tard, j'ai eu la satisfaction de constater que quelques uns des artisans avaient toujours recours au retordage au rouet avant de commencer un ouvrage. D'autres non et préféraient encore utiliser 2 brins non retordus.

 

 

20-21 avril 2012

Journées crochet.

La majorité des artisans inscrits étant féminine, et à leur demande, nous avons d'abord fait le point sur ce qu'elles savaient déjà faire ou non. Elles voulaient apprendre de nouveaux points au crochet.

J'avais apporté différents ouvrages récents et sur les tendances actuelles.

Il ressort que le raphia est très à la mode cet été.

Sandrandahy est à 20 kilomètres de Fandriana, capitale du raphia.

Devant les difficultés à s'approvisionner en soie sauvage et son coût, j'y ai vu là une opportunité : utiliser le raphia et la soie sauvage, 2 matières naturelles qui se marient à la perfection et permettent des objets très design, tout en baissant de manière significative leur prix de revient.

J'ai donc demandé à avoir une botte de raphia pour faire des essais. Une semaine passe sans réponse. De guerre lasse, j'ai demandé à Larisoa qui rentrait à Ambositra pour le week-end de m'acheter une botte de raphia au marché pour que l'on puisse enfin travailler.

Parallèlement, j'ai eu toutes les peines du monde à acheter 100 grammes de soie sauvage pour faire mes prototypes.

 

Quand elles ont eu les livres de crochet entre leurs mains, les choses sont parties dans tous les sens : elles voulaient faire tel ou tel modèle, sans savoir si elles auraient assez de fil pour aller au bout, sans savoir non plus si le choix était judicieux...des sous-verres en soie sauvage, cela reste discutable...Pendant 2 jours je les ai laissé assouvir leur besoin de tester de nouveaux points et elles s'en sont donné à cœur joie ! Mais j'avais l'impression que ma mission « flottait », et que je ne savais pas du tout où j'allais...

 

 

23 avril 2012

Journée teinture

 

Tous pratiquent déjà la teinture végétale, mais tous ont demandé à revoir les bases de la méthode car ils agissent un peu « au pif ».

Le matin a donc été consacré à une mise au point théorique , la partie pratique étant pour l'après-midi.

Ayant suivi les mêmes formations, ils utilisent les plantes locales qu'on leur a indiqué : le nato pour les bruns-rouges, le dingadingana pour les verts, le curcuma pour les jaunes (bien que pas solide à la lumière), un champignon pour les bruns, de la boue pour les noirs, et quelques tentatives de teinture à l'indigo.

Or autour d'eux il y a d'autres possibilités . Je leur ai fait voir comment tester un végétal pour voir s'il donne une couleur intéressante. Une variété d'acacia très répandue était en pleine floraison et nous avons fait un joli jaune, plus doux et surtout plus solide que le curcuma. Une autre variété à fleurs violettes a donné un vert.

 


 

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Mais l'utilisation de l'alun est indispensable pour la fixation de la couleur avec ces plantes. Or il faut acheter l'alun...pas sûr donc qu'ils continuent à l'utiliser ce qui nuira à la résistance des teintures à la lumière.

La saison n'était pas la plus propice aux expériences (début de l'hiver). Par exemple, les fruits des cactus raquettes n'étaient pas à maturité et n'ont pas donné le rose attendu, et les feuilles d'indigo commençaient tout juste à être bonnes pour la cueillette mais la température, fraîche la nuit, ne permettait pas de faire une cuve. Tout ceci est donc resté théorique.

Une autre de leur demandes concernait le noir.

Un village « concurrent », Soatanana, est réputé pour ses teintures noires à base de boue ferrugineuse sur un bain tannique.

Or apparemment la terre de Sandrandhy n'est pas aussi riche en oxydes ferreux et la couleur noire est moins intense. Je leur ai donc suggéré d'utiliser de l'eau de clous, eau dans laquelle on a mis des bouts de fer à rouiller, et d'essayer sur une base déjà teinte avec du nato, mais faute de matière première nous n'avons pas fait les essais.

Par marie des soies - Publié dans : madagascar - Communauté : Filage et autres fibres
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